Géraldine Lescaille, PUPH en odontologie, spécialisée en chirurgie orale dans l’équipe du service d’odontologie du Pr Descroix à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, et enseignant-chercheur à l’Université de Paris a participé à la mise en place de l’outil COVIDent pendant la crise sanitaire que nous avons traversée récemment.

« Dans le cadre de l’épidémie de SARS-CoV-2 (COVID-19), la majorité des cabinets dentaires ont dû fermer. Il a fallu limiter l’engorgement des services hospitaliers en assurant une régulation des flux vers les 6 services d’odontologie de l’AP-HP et vers la ville, en collaboration avec le conseil régional de l’ordre des chirurgiens-dentistes d’Ile de France, tout en répondant aux besoins des patients à distance pour limiter la propagation du virus.

Afin de répondre de manière adaptée à la demande des patients, nous avons monté une plateforme de gestion des urgences bucco-dentaires en mettant à leur disposition un formulaire de tri, accessible en ligne et sécurisé, en fonction de la sévérité de l’urgence, permettant d’être orienté soit vers une téléconsultation avec un praticien soit vers une structure adaptée pour recevoir un soin lorsque cela est nécessaire. L’objectif de cette application est d’identifier très rapidement les situations cliniques nécessitant impérativement un soin d’urgence dans l’heure, celles qui nécessitent une prise en charge dans les 24h de celles qui ne sont pas considérées comme des urgences.

Du 30 mars au 11 mai, nous avons reçu plus de 3500 appels, 2524 formulaires et, plus de 1600 téléconsultations ont pu être réalisées. Cet outil a pu se développer suite à un projet que nous avons débuté avec le Dr Julia Bosco et le Pr Muriel Deladure-Molla l’année dernière dans le cadre du DU de santé connectée de l’Université de Paris. L’outil a été très bien accepté par les patients et les praticiens. Mais, la limite dans ce genre d’outils est la capacité à se connecter du patient et du praticien.

COVIDent est disponible via le site des urgences dentaires de l’AP-HP et, est toujours utilisé à l’heure actuelle bien que le flux soit réduit depuis la réouverture des cabinets dentaires. Nous souhaitons continuer à l’utiliser les week-end et jours fériés, ainsi que pendant les congés annuels où l’offre de soin est réduite en ville. L’application nous semble aussi particulièrement adapté pour prioriser les soins dès l’arrivée en salle d’attente afin de réduire le délai d’attente et diminuer le risque de perte de chance pour le patient. »

Pensez-vous que la crise sanitaire due au Covid-19 aura eu un impact dans le recours à la télémédecine ?

« Nous avons assisté sans aucun doute à une avancée majeure. L’utilisation de la téléconsultation a été vécue comme une expérience très enrichissante, avec le développement d’outils performants permettant de répondre aux besoins de nombreux patients, notamment ceux qui ont des difficultés à se déplacer. De nombreux praticiens ont pu y trouver également rapidement un grand intérêt dans le renouvellement d’ordonnance, ou le suivi de certaines pathologies.

La téléconsultation à distance permet une communication non verbale plus performante que le téléphone, et peut s’accompagner de l’utilisation d’outils connectés. Dans le cas de notre spécialité bucco-dentaire, il existe des caméras intra-buccales adossées à l’utilisation de smartphone qui permettent la réalisation de clichés intrabuccaux de qualité. Des programmes de télémédecine pour des populations spécifiques en besoin important de suivi bucco-dentaire, comme dans les EHPAD, sont prometteurs ou chez des patients en situation d’handicap.

Ce type d’expertise permet d’éviter au patient des déplacements et des attentes parfois longues pour obtenir un rendez-vous chez un expert. Ce qui peut aboutir à un nomadisme du patient.

D’autre part, la recherche clinique repose sur le suivi de cohorte de patient. Il apparaît donc tout à fait envisageable que la télémédecine puisse apporter des moyens supplémentaires facilitant certains projets de ce type. Un des principaux freins à l’utilisation de la téléconsultation en odontologie est que ses conditions de valorisation et de remboursement n’ont pas été définie pour notre profession à l’heure actuelle.

L’accès à la télémédecine par sa simplicité peut permettre un suivi facilité. L’apport de la télémédecine en prévention primaire dans la lutte contre l’obésité, l’hypertension artérielle et le tabagisme pour prévenir l’apparition du diabète, des maladies cardio-vasculaires et de cancers est un enjeu majeur. L’utilisation d’outils de santé connectée en association à l’utilisation de la télémédecine apparait comme prometteuse. Mais, la télémédecine ne doit pas et ne peut remplacer l’examen clinique et la consultation du patient en présentiel. Il s’agit d’un outil supplémentaire pouvant apporter des solutions dans certains cas. Pour que la télémédecine puisse apporter une qualité de service, il est important d’identifier clairement les limites de ses indications. »