Patrick Jourdain, PUPH en cardiologie, spécialisé en insuffisance cardiaque au sein du service de cardiologie de l’hôpital Bicêtre et enseignant-chercheur à l’Université de Paris, est à l’initiative de l’application de télémédecine, COVIDOM, qui a traité plus de 65 000 patients et traité plus de 270 000 alertes depuis le 9 mars 2020.

« Pour limiter l’engorgement des urgences et de la médecine de ville ainsi que le déplacement des patients, nous avons mis en place la plateforme de télésurveillance médicalisée COVIDOM. Elle permet un suivi automatisé des patients, suspects ou confirmés, d’une infection Covid-19 après une consultation avec un médecin. Concrètement, suite à son diagnostic, le médecin inclut le patient dans le processus. L’application génère ensuite, de façon régulière, un questionnaire simple à remplir en ligne à destination du patient. En fonction des réponses, des alertes sont générées et traitées par le centre de contrôle Covid qui se met en relation avec le patient et applique des mesures en fonction d’un algorithme prédéterminé. Si le patient va trop mal soit il appelle le 15 soit nous l’appelons pour lui. Plus de 550 SAMU ont été déclenchés ainsi par la plateforme à ce jour. »

Pensez-vous que la crise sanitaire due au Covid-19 aura eu un impact dans le recours à la télémédecine ?

« Pendant la crise sanitaire due au Covid-19, nous avons assisté à un saut technologique. Notamment dans le cadre de la télémédecine qui a été utilisé comme un vecteur pour « faire du soin ». Avec COVIDOM, la télémédecine s’est avérée une plateforme parfaite pour suivre en lien avec la ville, les patients mais aussi assurer la transition ville/hôpital, hôpital/ville, surveiller l’évolution de la maladie chez nos patients, particulièrement à travers l’évolution de la douleur.

Ce qui est intéressant c’est que d’ordinaire se sont les patients qui interpellent le médecin. Or, autre élément central que nous avons découvert, c’est que grâce à la télémédecine, le soignant a toutes les cartes en main pour aller vers le patient. Le relancer suite à un examen, l’inviter à aller consulter un spécialiste ou tout simplement communiquer sur les comportements de prévention.

Il y a quelques années, l’hôpital a entamé un virage ambulatoire. La télémédecine s’emboite parfaitement dans cette logique comptable de l’acte de soin à l’hôpital avec un accompagnement post opératoire attentif et de qualité à la maison. Elle reprend une ancienne habitude du médecin de famille qui se déplaçait chez ses patients pour leur apporter les conseils et prescriptions dont ils avaient besoin. Bien sûr, une application ne remplace pas le contact avec un spécialiste mais participe à un accompagnement individualisé du patient dans son parcours de soin. Par exemple, on sait que l’accès aux soins n’est pas égal sur tout le territoire. On peut imaginer qu’une application de télémédecine efficace lisserait à termes ces inégalités et participerait à une meilleure coopération ou du moins à un meilleur fonctionnement entre l’hôpital et la ville.

La protection des données personnelles et la sécurité informatique est une préoccupation centrale au bon développement des applications de télémédecine. Les dossiers médicaux dématérialisés doivent obligatoirement être mis dans des hébergeurs de données de santé, dans un système d’entrepôt de données appartenant à l’AP-HP. »

Dans sa démarche, il a particulièrement été soutenu par les étudiants en odontologie d’Université de Paris. « S’il y a une chose que cette crise nous a apprise, à nous médecins, c’est que les dentistes, profession souvent mise à part, ont répondu d’un seul corps à notre appel à mobilisation et, est un pilier majeur dans la prise en charge des patients. Nous sommes du même moule, nous n’avons pas choisi le soin par hasard. »