Claire Bardet, Professeur au sein de l’UFR d’Odontologie d’Université de Paris, dirige le groupe de recherche « Maladies génétiques et métabolisme minéral » du laboratoire URP 2496 Pathologies, Imagerie et Biothérapies Orofaciales. Ce laboratoire s’intéresse principalement aux mécanismes responsables des anomalies de minéralisation de la dent et de ses tissus d’ancrage, ainsi que des os du crâne et de la face afin de développer et proposer des solutions thérapeutiques aux patients.

Le Pr Bardet a récemment publié dans la prestigieuse revue Science Advances un article A novel therapeutic strategy for skeletal disorders: Proof of concept of gene therapy for X-linked hypophosphatemia.

 

 

 

  • Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Je suis arrivée à Paris pour suivre un master en évolution à l’Université Pierre et Marie Curie, et à cette époque, autant Paris que la fac, je ne pensais pas y rester aussi longtemps. C’est l’expérience de stage en laboratoire, les rencontres passionnantes et la curiosité qui m’ont donné l’envie de continuer en thèse. Je me suis alors spécialisée au cours de mon doctorat sur l’évolution des protéines de la minéralisation et la compréhension de leurs rôles en particulier dans les contextes pathologiques. Puis je suis partie en postdoctorat à l’Université de Stanford pour étudier plus spécifiquement l’utilisation de protéines pour la réparation des tissus osseux et dentaire. A mon retour j’ai été nommé Maître de Conférences à la Faculté de Chirurgie Dentaire de l’Université Paris Descartes et j’ai eu l’opportunité de développer mon projet et groupe de recherche sur les maladies génétiques du métabolisme du Calcium et du Phosphore Phosphate au sein du laboratoire Pathologies, Imagerie et Biothérapies Orofaciales dirigé par Catherine Chaussain, avec l’obtention d’un premier gros financement ANR Jeunes chercheurs. Aujourd’hui Professeur, ces dernières années ont porté leurs fruits, avec dernièrement notre publication de la preuve de concept d’une nouvelle stratégie thérapeutique par thérapie génique pour traiter l’Hypophosphatémie liée à l’X dans Science Advances !

 

 L’Hypophosphatémie liée à l’X est une maladie génétique des os et des dents qui comme son nom l’indique conduit à une perte du phosphate dans les urines alors qu’il devrait être retenu dans le corps et contribuer à la bonne minéralisation des tissus.

Sans traitements, les patients atteints d’Hypophosphatémie liée à l’X souffrent de problèmes de croissance, de déformations sévères des membres et d’abcès dentaires qui se développent spontanément et conduisent à une perte prématurée des dents. Les traitements actuels nécessitent des prises régulières de médicaments pour compenser ou diminuer cette perte de phosphate.

Notre travail en collaboration avec Giuseppe Ronzitti et son équipe de recherche du Généthon a permis de développer un nouveau traitement : une thérapie génique qui consiste à introduire dans le corps un gène qui va lui permettre de fabriquer une molécule pour traiter la maladie. Ici le vecteur va permettre au foie de fabriquer une protéine qui va circuler dans le corps jusqu’au rein pour envoyer un signal et empêcher la perte de phosphate dans les urines. Le phosphate reste ainsi dans le corps et peut contribuer à une meilleure minéralisation des os et dents.

 

  • En quoi cette dernière est-elle innovante ?

L’originalité de ce projet est que la cible de la thérapie génique pour traiter l’Hypophosphatémie liée à l’X n’est pas l’os, tissu principalement affecté, mais le foie utilisé comme plateforme pour fabriquer le facteur circulant permettant de traiter l’os. 

Cette nouvelle thérapie présente comme gros avantage pour les patients un traitement avec une injection unique pour toute la vie, contrairement aux autres traitements qui nécessitent des prises ou injections régulières.

Ce travail, c’est le fruit de l’expertise et l’étroite collaboration entre entre spécialistes de la thérapie génique et spécialistes des manifestations génétiques dentaires-squelettiques.